François Héran annonce le lancement d’un second appel de l’Institut des Migrations, ouvert aux chercheurs extérieurs au consortium des partenaires

Illustration : Photo prise par Patrick Imbert, Collège de France, mars 2018

Un entretien avec François Héran, directeur de l’Institut des migrations (6 mars 2018)

L’Institut des migrations vient de lancer un premier appel à affiliation. Les demandes affluent, mais certains se sont émus des règles d’éligibilité imposées par l’appel. Pourquoi avoir restreint le périmètre des appartenances institutionnelles pour devenir fellow de l’Institut ?

Commençons par un aveu. Nous aurions dû annoncer clairement que l’institut envisageait de mobiliser trois catégories de fellows : ceux qui relèvent statutairement des partenaires fondateurs du consortium de l’institut, ceux qui relèvent d’une autre unité de recherche, et les étrangers. Cette tripartition figure explicitement dans le projet d’institut retenu par le jury international. Nous y annoncions, « à titre indicatif »¸ que les deux derniers groupes pourraient réunir un tiers des fellows. Les sept partenaires du consortium l’ont ratifiée.

Je peux donc vous annoncer d’ores et déjà que nous lancerons prochainement un second appel, auquel pourra répondre, depuis la France, toute personne travaillant sur les migrations, que ce soit dans une université ou un organisme de recherche.

Mais fallait-il distinguer plusieurs catégories de candidats ? Pourquoi ne pas ouvrir d’emblée l’affiliation à tous ?

Parce que l’Institut des migrations n’est pas un institut national. C’est un projet porté par un consortium de sept partenaires (CNRS, Inserm, Ined, IRD, EHESS, EPHE, Paris 1). Outre la subvention des Investissements d’avenir, ils apportent eux-mêmes des moyens importants en personnels. C’est ainsi qu’ils ont pu convaincre le jury des Investissements d’avenir. Nous sommes dans la même situation qu’un Labex, une Comue ou un Institut hospitalo-universitaire : même s’ils traitent d’un sujet d’intérêt national, ils ne peuvent pas ouvrir leurs ressources à la totalité des communautés de recherche du pays. Que je sache, les universités non parisiennes qui s’associent avec des écoles ou d’autres universités pour porter un projet commun ne redistribuent pas librement à l’extérieur le budget qu’elles ont obtenu. On peut reprocher à ce système d’appel de creuser l’écart entre les lauréats, les recalés et, bien sûr, les non-candidats, mais cela revient à s’en prendre au principe même des appels à projets compétitifs. On ne peut pas à la fois dénoncer un tel système et vouloir en bénéficier.

Quelle est finalement votre politique en ce qui concerne l’ouverture de l’Institut des migrations ?

C’est une politique d’ouverture très large, mais dans les limites du possible. En principe, un « Institut convergences » doit s’inscrire dans une politique de site, en l’occurrence le campus Condorcet pour les SHS. Mais le campus n’ouvrira qu’en 2019 et le jury international a desserré cette contrainte en nous demandant de nous rapprocher de plusieurs UMR déjà réputées pour leurs recherches sur les migrations, d’où notre association avec Migrinter, l’Urmis et plusieurs unités de SciencesPo. C’était une excellente idée.

L’ancrage sur le campus Condorcet n’est-il pas un obstacle à l’ouverture de l’institut des migrations ?

En aucune façon. Relisez bien le premier appel : il ne mentionne pas le campus Condorcet. On peut donc devenir fellow de l’institut sans appartenir à une UMR censée rejoindre le campus dans quelques années. Nos activités seront centrées sur le campus, mais sans exclusive. Ce sera d’ailleurs une bonne chose pour le campus Condorcet, qui entend nouer des liens avec les autres institutions — françaises ou étrangères — et rester ouvert aux disciplines autres que les SHS. Notre siège se fixera au campus le moment venu, nous y organiserons le séjour de chercheurs non-franciliens. Pour autant, nous n’y serons pas enfermés.

J’ajoute que notre premier appel présente d’autres formes d’ouverture. Les chercheurs de l’Inserm ou de l’IRD travaillant sur les migrations sont tous éligibles, quelle que soit leur localisation, de même que les universitaires membres d’une UMR ayant l’EHESS, l’EPHE, l’IRD ou l’Inserm comme cotutelles. Nous sommes déjà très au-delà d’une appartenance directe au consortium. Et cette ouverture n’est pas de mon fait ; elle a été décidée à l’unanimité des partenaires.

Le second appel, que vous venez d’annoncer pour affilier les personnes non éligibles au premier, appliquera-t-il les mêmes critères de sélection ? Offrira-t-il les mêmes ressources ?

Les critères seront les mêmes mais ce second appel offrira un nombre de places forcément plus restreint : en gros, un tiers des 200 fellows qui nous sont assignés comme objectif. Par ailleurs, nous laisserons les cinq départements thématiques sélectionner eux-mêmes les chercheurs étrangers qui pourront devenir fellows associés.

Concernant les ressources de l’Institut des migrations, il faut être réaliste. Prises en bloc, elles semblent impressionnantes : 13,6 millions d’euros. Mais c’est peu quand vous répartissez le tout sur les huit années de vie de l’institut et sur les 50 projets que nous aimerions financer. La coordination de l’institut ne consomme que 7 % des crédits (mon travail, soit dit en passant, est bénévole, de même que celui de mon adjointe, Annabel Desgrées du Loû). Nous entendons financer aussi des opérations de fact-checking et des activités de partenariat avec le milieu environnant. Et, couronnant le tout, lancer un nouveau master !

Notre premier succès, rappelons-le, c’est d’avoir décroché un « Institut convergences » en concurrence directe avec les sciences physiques, les sciences de l’ingénieur, l’informatique, la biologie, etc. Et ce, en nous classant au premier rang. Sur ce point, nous avons contribué à combler les écarts entre les disciplines au lieu de les creuser.

Pouvez-vous rappeler les principales opérations que l’Institut devrait financer sur l’ensemble des huit années à venir ?

Nous recruterons d’abord des « coordinateurs scientifiques de département » ayant jusqu’à 5 ans d’expérience et dont les mandats dureront 3 ans, puis 2 ans : au total 15 postes de jeunes chercheurs. Nous prévoyons de répartir entre les cinq départements une cinquantaine de projets exploratoires de 3 ans, financés jusqu’à 30 000 euros. La somme est modeste : il s’agira davantage de seed money ou de cofinancement que d’un financement complet. Sur ce nombre, une quinzaine de projets pourront bénéficier d’un post-doc de 24 mois.

Le fonds d’appui aux fellows comprend 60 aides d’un montant maximal de 3000 euros par an. Nous envisageons au total, sur les huit années à venir, 22 allocations doctorales de 36 mois (ou plus, si l’on finance des allocations d’un an, pour l’achèvement d’une thèse). Enfin, toujours sur toute la période, 50 étudiants du master Migrations pourront bénéficier d’un stage professionnel ou d’une aide financière au séjour de terrain.

Avez-vous un message final à adresser à tous ceux qui ont manifesté à ce jour leur intérêt pour l’Institut des migrations ?

Nous pouvions nous interroger au départ sur notre capacité à mobiliser les communautés de recherche dans le domaine des migrations. Les doutes sont levés ! Dans les nombreuses marques d’intérêt que nous avons reçues — aussi bien les critiques que les encouragements — je vois la preuve que l’institut des Migrations était nécessaire. Je me réjouis qu’il puisse ainsi polariser l’attention de nos collègues, notamment les plus jeunes.

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