APPEL A COMMUNICATIONS : Journées d’études “Faire diaspora en ville : mémoires, représentations, institutions. Europe méditerranéenne, XIVe-XVIIIe siècle”, 26 et 27 septembre 2019, Rome — LIMITE : 03-01-2019

Organisateurs

Mathieu Grenet (INU Champollion/Framespa), Pauline Guéna (Sorbonne Université), Catherine Kikuchi (UVSQ), Serena di Nepi (Sapienza).

Comité scientifique

Marie Bossaert (EFR), Eleonora Canepari (TELEMME), Constance de Gourcy (Aix-Marseille Université), Anouche Kunth (EHESS), Alessandro Saggioro (Sapienza), Pierre Savy (EFR).

Ces journées d’études sont co-financées dans le cadre du Laboratoire International Associé Mediterrapolis.

Argumentaire français

Depuis les années 1990, la question des diasporas a été travaillée en sociologie comme en histoire en s’attachant à montrer que les groupes diasporiques sont moins dus à l’héritage commun d’une identité “essentielle” (ethnique, religieuse, nationale…) qu’au choix de leurs membres de mobiliser des éléments communs pour construire une appartenance à la fois relationnelle, sociale et politique. Alors que le concept de diaspora, et plus encore celui de diaspora marchande, ont été discutés et remis en question dans des travaux récents (Dufoix 2011, Calafat et Goldblum 2012), on adoptera en première approche une définition englobante de la diaspora, comme des groupes d’individus partageant une condition d’extranéité, dispersés et attachés à des lieux différents, mais réunis par un même sentiment d’appartenance et une mémoire liée à un espace originel dont ils sont éloignés.

Nous souhaitons donc aborder dans ces journées d’études les enjeux de la construction d’un groupe en diaspora à travers le cadre urbain, pris à la fois comme espace et territoire dans lequel se déploient les perceptions et les stratégies des acteurs, et pris également comme lieu dans lequel les communautés interagissent entre elles, avec les institutions et autorités locales. Nous proposons donc de faire se rencontrer l’étude des diasporas avec deux thématiques actuelles de l’histoire urbaine : l’étude de la répartition et de l’implantation des étrangers en ville d’une part, et celle des usages de l’espace urbain d’autre part (François 1985, Bottin et Calabi 1999, Quaderni Storici 2001). Il s’agira de comprendre, par l’urbain et ses spécificités, comment on aboutit à des identités collectives – parfois souples et négociées, parfois assignées de manière plus autoritaire – de ces groupes sociaux qui finissent par être pensées et se penser comme diaspora, voire par être institutionnalisés.

La construction de ce sentiment d’appartenance et de la mémoire qui en découle se retrouve ici au coeur d’une enquête historique qui envisage également son objet à l’aune des apports, outils et méthodes de la sociologie et la géographie urbaines ainsi que de l’anthropologie culturelle. Des travaux importants ont ainsi montré au cours de la dernière décennie qu’il existe différentes façons de « faire » diaspora, en fonction de la morphologie sociale et démographique des groupes minoritaires, de la physionomie des sociétés d’accueil ou encore des contextes historiques. De nombreux travaux soulignent la nécessité de restaurer la « logique de sédentarité » dans l’étude de(s) diasporas (Tölölyan 2005, Adjemian 2012). Si la société de résidence peut être perçue comme un lieu d’exil, un « non-lieu » par opposition à la société d’origine (Ma Mung 1994, Hovanessian 2007), les diasporas construisent aussi leur identité, explicitement ou implicitement, dans la négociation, la confrontation, la coexistence sur les « scènes urbaines » (Kunth et Smyrnelis 2016). Dans les villes de résidence, les communautés diasporiques trouvent des interlocuteurs individuels ou institutionnalisés, des répertoires d’action spécifiques, un tissu urbain où s’insérer et de quoi construire des mémoires collectives. L’ancrage matériel de ces construction diasporiques se rend alors visibles en ville selon des modalités diverses.

L’histoire des émotions, croisée avec l’étude de la construction mémorielle d’un groupe et de leur perception, pourra utilement être convoquée. L’historiographie récente a ainsi réexaminé les témoignages personnels à travers la problématique des sentiments et des émotions de l’exil pour donner corps à l’expérience vécue de la diaspora (Gray 2008, Skrbis 2008, Svacek 2012). Cet ancrage subjectif de la diaspora pourra également être croisé avec la prise en compte d’un vécu genré de ces expériences et d’une identité générationnelle au sein de la diaspora. On interrogera la spécificité de ces émotions et de ces vécus dans le cadre urbain, à travers notamment leurs traces matérielles en ville ou leur expression dans les interactions avec les interlocuteurs et institutions urbaines.

L’ancrage local doit également se comprendre dans une dynamique translocale de ces « sociétés de circulation » (Aslanian 2011) qui met en relation des communautés et des acteurs au sein de sociétés urbaines spécifiques et elles-mêmes intégrées dans des réseaux larges à l’échelle de la diaspora, qui influent sur les stratégies d’insertion, de présentation et les relations entretenues avec les acteurs à un niveau local. Un va-et-vient entre l’échelle micro et transnationale (Trivellato 2009, Calafat 2011) ainsi qu’une dimension comparative entre terrains urbains connectés semblent donc nécessaires pour saisir les enjeux de la « fabrique communautaire » (Grenet 2016).

Les interventions pourront ainsi prendre en considération les dimensions économiques, sociales mais aussi physiques, matérielles et institutionnelles de la ville. Afin de chercher à dépasser les études de cas et de favoriser les comparaisons et discussions entre les différents terrains, les propositions adoptant une approche translocale et/ou comparative seront privilégiées. L’étude historique pourra également s’enrichir de perspectives interdisciplinaires, en tirant parti à la fois des travaux récents sur les diasporas en ville en histoire, en sociologie, en sciences politiques, mais aussi bien sûr en géographie. Le cadre chronologique privilégiera cependant les études du XIVe au XVIIIe siècle. Le cadre géographique comprend l’Europe méditerranéenne et inclut les îles grecques ainsi que Malte.

Modalités pratiques

  • Les propositions de communication (max 3000 signes espaces compris) sont à envoyer aux organisateurs (mathieu.grent@univ-jfc.fr, paulineguena@hotmail.fr, catherine.kikuchi@uvsq.fr, serena.dinepi@uniroma1.it) pour le 3 janvier 2019.

  • Les propositions de communications sont acceptées en français, italien et anglais

  • Afin de faciliter échanges et discussions, les communications seront transmises en amonts aux intervenants.

  • Les communications devront être de 30 min.

  • Les participants seront logés par le colloque à l’Ecole française de Rome, place Navone. Les frais de transport à Rome resteront à la charge des participants et/ou de leurs éventuelles structures de recherche.