APPEL A COMMUNICATIONS : Colloque international “Mobilités sociales et migrations internationales”, 13-14 juin 2019, Paris – LIMITE : 15/03/2019

Informations pratiques

  • Contact : colloquemobsoc@gmail.com.
  • Date limite : 15 mars 2019
  • 13-14 juin 2019 à Paris
  • Comité d’organisation : Jennifer Bidet (U. Paris Descartes, Cerlis), Hugo Bréant (U. Rouen, Dysolab, CESSP), Amélie Grysole (CNAM, CEET, CMH), Anton Perdoncin (ENS, IDHES, CMH), Liza Terrazzoni (EHESS, CEMS), Simeng Wang (CNRS, CERMES3).
  • L’appel est disponible AAC_Colloque_MobSoc_2019

Présentation

Penser les migrations comme des dynamiques de mobilité sociale

Dans quelle mesure la mobilité spatiale, c’est-à-dire le déplacement dans l’espace géographique, peut-elle être lue comme la matérialisation d’une mobilité sociale, d’un déplacement dans l’espace social ? Et dans quelle mesure ce déplacement géographique peutil aussi être un facteur de mobilité sociale ? L’articulation entre mobilités sociales et mobilités géographiques est une question classique des sciences sociales attentives aux dimensions spatiales de la vie sociale (Bastide, 1974 ; Blum, De la Gorce et Thélot, 1985 ; Gribaudi, 1986). Les trajectoires sociales qui accompagnent les migrations internationales sont pourtant rarement étudiées à l’aune de cette question (Favell et Recchi, 2011).

L’histoire du mouvement ouvrier qui, dans les années 1970 et 1980, analysait l’immigration (Noiriel, 1988) en l’inscrivant dans les rapports de classe propres au système capitaliste (Miles, 1986), a progressivement cédé le pas aux analyses en termes d’intégration ou d’assimilation centrées sur les logiques d’adaptation culturelle des migrants à la société d’installation (Gordon, 1964 ; Tribalat, 1995). Et pourtant, toute migration nécessite un minimum de ressources tant économiques (payer le voyage, payer le visa, payer les passeurs) que sociales (être soutenu par sa famille, avoir des contacts dans le pays d’immigration) et culturelles (pouvoir organiser la migration, avoir des compétences professionnelles et linguistiques nécessaires et/ou imposées par les pays d’immigration). Accueillir l’immigration, ce n’est donc pas, pour reprendre une idée reçue bien connue, accueillir toute la « misère du monde » (Héran, 2004).

Ce colloque, invitant à penser les liens entre migrations internationales et mobilités sociales, voudrait faire émerger un ensemble de travaux réactualisant la question des mobilités sociales en migration.

Se saisir de cette question implique de penser ensemble les migrations internationales, inter et intra-continentales, les migrations dites « qualifiées », celles des « élites cosmopolites », celles des personnes retraitées, tout autant que les migrations identifiées par l’État comme « économiques », « familiales » ou relevant du droit d’asile, dans toutes leurs directionnalités (Sud-Nord, Sud-Sud, Nord-Sud, Est-Ouest) (Fabbiano et al., 2018). Par conséquent, il s’agit ici de penser à rebours des politiques migratoires qui contribuent à façonner le recrutement social des migrants (Guiraudon, 2010), et traitent de manière différenciée l’entrée et le séjour pour des étrangers identifiés comme « expatriés » et pour des « migrants » dits « économiques » (Chauvin et Bonjour, 2018). Penser ensemble migrations internationales et mobilités sociales appelle aussi à une grande vigilance sur les contextes historiques et politiques variables dans lesquels s’inscrivent les mouvements migratoires, et qui produisent un effet direct sur les trajectoires des migrants, depuis leur origine sociale jusqu’aux opportunités de mobilité sociale, à la fois dans le contexte du pays de départ et des pays d’arrivée (Bruno, 2010). Les ressources disponibles sur un territoire donné dépendent aussi des systèmes de protection sociale étatiques et des droits octroyés aux personnes migrantes (Sainsbury, 2012). Enfin, l’analyse des mobilités sociales en migrations s’enrichirait de l’apport de travaux sur les dynamiques économiques dans lesquels s’inscrivent les parcours migratoires (Chort et Lambert, 2010 ; Wang, 2017c).

La question des mobilités sociales en migrations se posant à une échelle supranationale, l’un des enjeux, théorique et méthodologique, est de penser les expériences migratoires à une échelle transnationale (Glick-Schiller, Green Basch et Szanton-Blanc, 1992 ; Portes, 1997). Comment saisir ces mobilités sociales, ces formes de classement/déclassement/reclassement dans un espace social qui excéderait les frontières nationales dans lesquelles on pense souvent les déplacements sociaux ? Dans les travaux proposant des comparaisons internationales (Erikson et Goldthorpe, 1992 ; Naudet 2012), le phénomène de mobilité sociale est majoritairement envisagé comme produit dans et par le cadre national (Kieffer, Oberti et Préteceille, 2002 ; Goldthorpe 2002). Des travaux récents proposent d’élargir l’échelle d’appréhension des positions sociales (Hugrée, Spire et Pénissat, 2017) et invitent à penser un espace social transnational qui permettrait une meilleure appréhension des trajectoires sociales en migration (Bidet, 2018). Mais interroger les phénomènes de mobilité sociale en migration ne se limite pas à mieux saisir les positions sociales des personnes ou des groupes en migration : cela permet aussi de penser le rôle des mobilités internationales dans les classements sociaux en général. Ainsi, la « transnationalité » (Faist et al., 2016) ou le « capital de mobilité » (Moret, 2018) apparaît aujourd’hui comme une variable de classement, au même titre que le genre, l’appartenance ethnique, l’âge ou la catégorie socioprofessionnelle. Par conséquent, les migrants deviennent des analyseurs des processus de classements (Terrazzoni, 2017). Ce colloque se place ainsi dans le sillage de travaux qui cherchent à penser les liens entre migrations transnationales et production des stratifications sociales (Faist, 2016 ; Roulleau-Berger 2011 ; Wagner, 2007). Cette perspective implique de réintroduire la notion de « classes sociales » dans les études migratoires (Van Hear, 2014 ; Erel, 2010), en réfléchissant aux modes d’articulation des rapports de classes avec les rapports sociaux de genre et de race (Guillaumin, 1992 ; Morokvasic, 2008 ; Bilge et Denis, 2010 ; Bonjour et Duyvendack, 2018 ; Perdoncin, 2018).

Un colloque interdisciplinaire sur les formes de mobilité sociale en migration

Du point de vue des dynamiques de mobilités sociales, ce colloque vise à interroger la multiplicité des positionnements sociaux des migrants d’une société à une autre, ce qui ouvre différentes pistes de questionnements.

La position sociale ne saurait s’appréhender exclusivement de manière unidimensionnelle : différence de position et de prestige dans la hiérarchie du travail, dans les modes de vie, sentiment d’appartenance et mobilisation collective, perspective de mobilité intra ou intergénérationnelle – notamment au travers des investissements scolaires sur les enfants (Grysole, 2018) –, choix du conjoint (Wang, 2017b) ou encore lieux de résidence sont autant d’indicateurs de la position sociale qui peuvent évoluer de manière non cohérente au cours des parcours migratoires. Si la migration d’un pays dominé sur l’échiquier politique et économique mondial vers un pays dominant peut produire un déclassement en termes de niveau de qualification, elle peut engendrer une augmentation du revenu et/ou ouvrir l’accès à des biens de consommation et aux styles de vie inaccessibles dans le contexte de départ. L’étude des formes objectives de la mobilité sociale doit également tenir compte des perceptions subjectives de ces processus par les acteurs eux-mêmes tout en prêtant attention aux appartenances générationnelles et aux facteurs conjoncturels (Attias-Donfut et Wolff, 2001 ; Duru-Bellat et Kieffer 2006 ; Naudet, 2012 ; Beaud et Pasquali, 2014 ; Pagis et Pasquali, 2016 ; Wang, 2017a ; Muel-Dreyfus, 2018).

Si la sociologie de l’immigration a tendance à appréhender la position sociale dans le pays d’immigration, en s’intéressant notamment aux parcours des enfants d’immigrés (Santelli, 2001 ; Attias-Donfut et Wolff, 2009 ; Beaud, 2018 ; Beauchemin, Hamel et Simon, 2016), les positionnements sociaux des migrants peuvent prendre sens en priorité dans la société de départ (Sayad, 1999). Par ailleurs, les trajectoires de mobilité sociale ne peuvent être mesurées que si l’on est en capacité de comparer, ou de mettre en dialogue, une position de départ et une position d’arrivée. L’un des enjeux est bien de questionner comment l’expérience de la migration, ainsi que le fait migratoire même, viennent compliquer, bousculer, le processus au coeur de l’expérience de la mobilité sociale, autrement dit la tension entre milieu d’origine et milieu d’arrivée (Naudet et Shahrokni, 2013). Il s’agit également d’aborder la question de l’accumulation et de la gestion du capital social dans les carrières et stratégies migratoires et, par conséquent, d’envisager la multiplicité des existences migrantes (Bréant, Chauvin et Portilla, 2018). Dans quelle mesure la trajectoire sociale vécue dans la migration correspond-elle à un transfert de ressources du pays de départ vers le pays d’arrivée ? En quoi, au contraire, des ressources accumulées en migration peuvent-elles être réinvesties dans le pays de départ (Bréant, 2015) ? Et comment rendre compte de l’accumulation progressive de ressources tout au long d’un parcours migratoire en plusieurs étapes (Paul, 2011) ?

L’appréhension des dynamiques de mobilité sociale en migration ne saurait faire abstraction de la manière dont les rapports sociaux de genre et de race participent à la définition des positions sociales. La reconversion des ressources peut ainsi être moins aisée pour les femmes migrantes. C’est le cas quand les migrations sont « familiales » : des conjointes de cadres expatriés trouvent difficilement un emploi en lien avec leur niveau de qualification ; les femmes venues par les procédures de regroupement familial ne sont pas toujours autorisées à travailler dans le pays d’immigration. L’effet du genre sur le sens des mobilités sociales en migration est loin d’être univoque. C’est la diversité des articulations entre positions de classe et genre qu’il faut donc creuser (Guerry, 2014). Les migrations viennent aussi révéler l’intrication des rapports sociaux de classe et de race. Citons le cas des migrants caribéens qui découvrent ainsi aux États-Unis, où cette assignation raciale a un sens particulier, qu’ils sont perçus comme noirs. L’enjeu est alors pour eux de se distinguer des populations africaines-américaines, y compris en réinvestissant et/ou en grossissant des marqueurs culturels renvoyant à leurs origines migratoires (Waters, 1994).

Enfin, l’étude de la mobilité sociale des migrants pose un ensemble de questions méthodologiques. Comment appréhende-t-on ces processus de mobilité sociale qui dépassent l’échelle habituelle de mesure du phénomène, autrement dit l’échelle nationale ? Quelles sont les questions et difficultés qui se posent quand on souhaite reconstituer la trajectoire complète de migrants à cheval entre deux, ou plusieurs, sociétés ? De quelle manière parvient-on à avoir une appréhension aussi fine du côté de la société de départ que de celle d’installation ? Quelles sont les données quantitatives et/ou les archives que les chercheurs peuvent mobiliser pour penser ces mobilités sociales transnationales ? Comment conduire une enquête multisituée qui suivrait les migrants dans leurs différents lieux d’affiliation ?

Nous invitons les chercheurs en sciences sociales (sociologie, anthropologie, démographie, histoire, science politique, sciences économiques, géographie, etc.) à proposer des communications explorant les liens entre migrations internationales et mobilités sociales.

Les propositions de communication en français ou en anglais (précisant la problématique, la méthodologie et les résultats) ne devront pas dépasser une page (références incluses) et seront envoyées à colloquemobsoc@gmail.com. Elles sont attendues avant le 15 mars 2019. Les réponses du comité scientifique seront envoyées au début du mois d’avril 2019.