APPEL À PROPOSITIONS : Dossier “Race et racismes”, Communications — LIMITE : 18/03/2019

  • Communications
  • page de référence :ici
  • Date limite d’envoi des résumés courts (3 000 signes) : 18 mars 2019
  • Date de notification des réponses : 12 avril 2019
  • Date limite de remise des textes (articles inédits d’environ 30 000 signes, notes et espaces compris) : 19 août 2019
  • Date de parution du numéro : automne 2020
Les propositions de contribution doivent être rédigées en français et comporter le nom
de l’auteur, son affiliation professionnelle et son courriel.
Elles doivent être envoyées, avec la mention « Race et racismes » en objet du message,

Présentation

Race et racismes 
Sous la direction d’André Burguière
Le racisme n’est pas une idéologie spontanée née de l’ignorance. C’est au contraire produit des débats et travaux scientifiques qui ont fleuri principalement en France, en Grande-Bretagne et en Allemagne dans le dernier quart du XIXsiècle. Les idéologies coloniales ont été les réceptacles d’une théorisation sauvage du racisme considérant les peuples colonisés et leurs cultures comme relevant de races inférieures.
Certains publicistes font le pont avec ces « savoirs » et les courants xénophobes (principalement antisémites) présents dans l’opinion (cf. Drumont en France). À la vieille conception chrétienne qui postule le monogénisme de l’humanité créée par Dieu à son image et donc blanche à l’origine, s’est substituée l’idée d’une dégénérescence de certains rameaux de la race blanche qui auraient donné les autres races (cf. Buffon).
Cette thèse a été ruinée par le darwinisme, qui relie la race humaine aux singes supérieurs, et par les découvertes récentes de restes hominiens en Afrique plus anciens que les premiers squelettes humains trouvés en Europe.
Devenue l’identification d’un groupe ou d’un individu à son particularisme religieux, la race n’a plus besoin d’être imprimée sur le corps par un héritage biologique. Elle est transmise par les aspects les moins volontaires de la culture : les habitudes de vie, les pratiques religieuses. Comment expliquer la survivance et même la renaissance d’une idéologie et d’une doctrine dont les bases scientifiques ont été amplement réfutées ?
Cette idéologie s’enracine dans des représentations très anciennes du lien social identifié aux liens du sang, à la parenté. Jusqu’au XVIIIsiècle, les relations entre le peuple et le souverain sont conçues sur le modèle de la parenté : il est le père du peuple, qui se sait relié à lui par des liens de consanguinité. Le terme « race » a été utilisé au début pour désigner les dynasties royales (on parlait des « rois de la première race » pour désigner
les Mérovingiens). C’est le seul moyen d’étendre à un parent lointain qu’on ne connaît pas la conception ancienne et villageoise de la proximité sociale : ceux que l’on côtoie quotidiennement sont les « nôtres » par opposition à tous les autres qui sont les étrangers.
La disparition de la monarchie, en supprimant le père, a centré le lien social, désormais centralisé sous l’effet de l’industrialisation/urbanisation et devenu invisible, sur l’obscurité anonyme des liens du sang. Les concepts de nation, de classe ou de race sont les trois façons nouvelles de s’enraciner dans une solidarité invisible qui se sont épanouies en même temps au XIXsiècle. La nation renaît aujourd’hui sur les ruines des deux autres solidarités en assumant leurs attributs.
Ainsi pourrait s’expliquer la fixation de la discrimination en Europe sur des « particularismes » religieux, celui des juifs pendant longtemps et aujourd’hui de plus en plus celui des musulmans… avec des effets complexes de réfraction : ainsi, par exemple, l’antisémitisme des milieux musulmans dans plusieurs pays européens. Il faudrait peut-être montrer en quoi le renouveau des racismes est une façon à la fois de masquer et d’exprimer son ressentiment pour les sociétés où la mondialisation a creusé les inégalités sociales.
Ce renouveau n’est limité ni à l’Europe, ni à la confrontation avec le monde musulman. Il explose en Afrique subsaharienne, où il s’appuie sur la catégorie ethnique inventée par la colonisation et réinventée par les pouvoirs postcoloniaux, mais aussi dans d’autres régions du monde. Nous recherchons en priorité des études de cas sur le racisme du coin de la rue, celui qui s’exprime dans notre propre société ou dans celles qui nous sont proches, notamment dans le domaine du sport, de la mode ou des médias.