APPEL A ARTICLES : Dossier “Transnationaliser le retour : vers une révision du regard sur les migrations de retour contemporaines ”, revue Émulations— LIMITE pour propositions: 15/05/2019

Infos pratiques

  • Coordination : Anda David (Agence française de développement), Audrey Lenoël (Collège de France) et Annalisa Maitilasso (École des hautes études en sciences sociales).
  • 15 mai 2019 : date limite pour l’envoi des propositions d’articles
  • 1er septembre 2019 : envoi des manuscrits V1 (25 000 – 30 000 signes)

Appel

Un numéro d’Émulations. Revue de sciences sociales, qui paraîtra fin 2020 aux Presses universitaires de Louvain, sera consacré au thème « Transnationaliser le retour : vers une révision du regard sur les migrations de retour contemporaines », sous la direction d’Anda David (Agence française de développement), Audrey Lenoël (Collège de France) et Annalisa Maitilasso (École des hautes études en sciences sociales).

 

Argumentaire

Dans le champ des études sur les migrations, le retour, défini comme le mouvement d’un individu d’un pays d’arrivée vers son pays de départ, a longtemps été un sujet négligé par les théoriciens des migrations internationales, considérant le plus souvent ce phénomène de manière périphérique, comme indicateur d’échec ou succès du projet migratoire (Carling et al., 2011 ; de Haas et al., 2015). L’approche transnationale a contribué à changer le regard sur les migrations de retour en mettant en évidence que celles-ci n’étaient pas forcément définitives et pouvaient n’être que des étapes du parcours migratoire (Ley, Kobayashi, 2005 ; Petit, 2007). Les migrations de retour font aujourd’hui l’objet d’un nombre grandissant d’études, d’enquêtes et de programmes de recherche qui ont permis d’appréhender le retour à travers des perspectives plurielles : celles des stratégies mises en place par les acteurs (Quiminal, 2002), des effets des retours sur les sociétés d’origine, notamment en terme de développement (Black, King, 2004 ; Akesson, 2011), de la mise en place et des effets de politiques publiques d’aides au retour volontaire (Boccagni, Lagomarsino, 2011) ainsi que des retours forcés (David, 2017 ; Flahaux, 2017).

Pour ce numéro, nous souhaitons approfondir ces perspectives en invitant les chercheur·e·s à s’interroger sur les transformations concernant la « transnationalisation » du retour, afin de repenser ce phénomène à la lumière d’une conscience de la fluidité, de la circularité et de la segmentation temporelle des parcours migratoires. Le retour est ici compris dans sa globalité, c’est-à-dire comme l’ensemble du phénomène migratoire s’étendant de la prise de décision jusqu’au retour effectif et à ses conséquences sur l’individu et la communauté. Ce cadre permettra également de questionner l’ensemble des autres phénomènes et pratiques qui lient le retour à l’espace transnational tels que les remises de fonds, les remises sociales (Levitt, 1998), les flux d’information, ou encore les réseaux. Nous souhaitons par ailleurs interroger les transformations récentes de la migration de retour en lien avec les changements politiques et socio-économiques des pays d’accueil et d’origine. L’une de ces évolutions concerne la précarisation de la situation de nombreux migrants à destination. Ces dix dernières années, la crise économique secouant l’Europe a transformé la manière dont le retour est envisagé aussi bien par les migrants eux-mêmes que par les institutions publiques des pays d’arrivée et de départ. Si le retour était auparavant envisagé soit comme un moment lointain correspondant à la fin de la vie active, soit comme l’aboutissement de l’aventure migratoire, il est devenu pour beaucoup de migrants démunis une stratégie de sortie, une réalité imposée ou encore un horizon inatteignable. La précarité sociale et l’insécurité juridique caractéristiques de la vie de nombre de migrants affectent directement leurs perspectives, possibilités et représentations d’une « réinstallation durable » dans le contexte d’origine. La hausse des retours temporaires, des remigrations et des mouvements pendulaires a également conduit à une nécessaire transformation du regard que les sciences sociales portent sur ce phénomène.

Ce numéro rassemblera des contributions, en français ou en anglais, de chercheur·e·s provenant de différents horizons disciplinaires. Les approches interdisciplinaires et comparatives sont particulièrement bienvenues, tout comme les contributions s’appuyant sur des recherches empiriques et des données récemment collectées. Nous encourageons également les contributions abordant la question des rapports sociaux de sexe, notamment celles s’intéressant à la segmentation genrée des itinéraires de retour ou aux effets différenciés du retour des hommes et des femmes sur la reconfiguration des rôles genrés dans les ménages et communautés d’origine. Dans un souci de cohérence thématique, nous limiterons le champ des contributions aux retours liés à des migrations initiales volontaires.

Nous proposons d’aborder ces questions, selon quatre axes non exclusifs et transversaux.

Axe 1. Expériences vécues, représentations du retour et imaginaires migratoires des individus

L’individu sera au centre de ce premier axe, dont l’objectif est de comprendre, d’une part, comment la décision du retour se prend dans un environnement de plus en plus complexe et, d’autre part, comment l’exposition accrue à l’information façonne à la fois les perceptions du retour et les attentes quant à l’environnement du pays de départ. Le long de cet axe, nous invitons également les contributeurs à documenter les facteurs (sociodémographiques ainsi que ceux liés à l’expérience migratoire) qui déterminent l’insertion socioéconomique des migrants après le retour.

Axe 2. Le rôle des institutions dans le retour

Dans un contexte où la circularité apparaît comme le nouveau paradigme politique pour aborder la gestion des migrations en Europe (Triandafyllidou, 2013), plusieurs questions se posent. Comment les pratiques des acteurs évoluent-elles ? Sont-elles en phase avec les discours politiques les concernant ? Comment les cadres institutionnels s’adaptent-ils à ces nouvelles réalités ? Quelles sont les barrières, les contraintes mais aussi les opportunités qui caractérisent aujourd’hui le retour ? Les contributions s’inscrivant dans cet axe pourront notamment porter sur les nouvelles tendances du discours politique et les initiatives récentes en matière de retour au plan institutionnel (national, supra-étatique ou local) ou associatif. Elles pourront également s’intéresser à la façon dont les retours sont affectés par les transformations des cadres juridiques, socio-économiques et politiques, dans différents contextes nationaux.

Axe 3. Le retour au prisme de la famille et la communauté

La migration façonnant non seulement l’individu qui migre, mais également son environnement familial et sa communauté, nous nous intéressons à la manière dont les dimensions familiales et communautaires peuvent à la fois déterminer les retours et être reconfigurées par ceux-ci. Nous souhaitons explorer ici le retour en tant que phénomène capable d’apporter des éclairages sur d’autres questions clés, telles que l’évolution des rôles de genre dans l’accès à la mobilité, les métamorphoses des structures familiales confrontées aux défis de la circulation transnationale et les équilibres générationnels ou de genre.

Axe 4. Conceptualiser la migration de retour aujourd’hui

Sur la base d’analyses empiriques, portant sur un ou plusieurs des trois axes susmentionnés, ce dernier axe se propose de mettre l’accent sur les discours portant sur les migrations de retour aujourd’hui et d’interroger les concepts qu’ils mobilisent. Les contributions pourront notamment traiter des questions suivantes : le retour représente-t-il une catégorie pertinente pour décrire la complexité des trajectoires de passage, d’installation et de réinstallation dans des géographies non plus bipolaires mais multipolaires ? Quelles sont les implications d’une révision du périmètre conceptuel de la notion, et quels peuvent être les apports de concepts alternatifs tels que ceux de « migration fragmentée » (fragmented migration) (Collyer, de Haas, 2012) ou de « migration continuelle » (onward migration) (Ahrens, Kelly, van Liempt, 2014) pour rendre compte d’une fluidité structurelle dans la construction des itinéraires ?

Modalités de soumission :

Les propositions d’articles ne devront pas dépasser 1000 mots. Elles comprendront le titre envisagé, le résumé de la proposition, ainsi qu’une notice biographique (100 mots maximum), et indiqueront la discipline et le rattachement institutionnel de chaque (co-)auteur-e de l’article. Elles seront envoyées simultanément aux trois coordinatrices du numéro, Anda David (davida@afd.fr), Audrey Lenoël (audrey.lenoel@college-de-france.fr) et Annalisa Maitilasso (annalisa.maitilasso@eacnur.org), ainsi qu’à la rédaction de la revue (redac@revue-emulations.net) pour le 15 mai 2019 au plus tard.

Les propositions feront l’objet d’une évaluation anonyme. Les premières versions des manuscrits (de 35 000 à 40 000 caractères, espaces compris) devront être déposées, au plus tard, le 1er septembre 2019 pour une publication en 2020.

Pour les consignes aux auteurs, consultez le document téléchargeable au bas de la page suivante : https://ojs.uclouvain.be/index.php/emulations/cfp/consignes.

Calendrier

15 mai 2019 : date limite pour l’envoi des propositions d’articles

15 juin 2019 : communication des décisions aux auteur·e·s

1er septembre 2019 : envoi des manuscrits V1 (25 000 – 30 000 signes)

1er octobre 2019 : retour des évaluations aux auteur·e·s

15 janvier 2020 : envoi des manuscrits V2

15 février 2020 : retour des évaluations aux auteur·e·s

1er mai 2020 : envoi de la dernière version des manuscrits à la revue

Décembre 2020 : publication du numéro papier et mise en ligne

Bibliographie

Ahrens J., Kelly M., Van Liempt I. (2016), « Free movement? The onward migration of EU citizens born in Somalia, Iran, and Nigeria », Population Space Place, vol. 22, n° 1, p. 84-98.

Akesson L. (2011) « Making migrants responsible for development: Cape Verdean returnees and northern migration policies », Africa Spectrum, vol. 41, n° 1, p. 6-83.

Black R., King R. (2004), « Transnational migration, return and development in West Africa », Population, Space and Place, vol. 10, n° 2, p. 75-83.

Boccagni P., Lagomarsino F. (2011), « Migration and the global crisis: new prospects for return? The case of Ecuadorians in Europe », Bulletin of Latin American Research, n° 30, p. 282-297.

Carling J., Mortensen E.B., Wu J. (2011), A systematic bibliography on return migration, Olso, Peace Research Institute Oslo, PRIO Paper.

Collyer, M., De Haas, H., (2012) « Developing dynamic categorisations of transit migration », Population Space Place, vol. 18, n° 4, p. 468-481.

David A. (2017), « Back to square one: socioeconomic integration of deported migrants », International Migration Review, vol. 51, n° 1, p. 127-154.

De Haas H., Fokkema T., Fassi Fihri M. (2015) « Return migration as failure or success?: the determinants of return migration intentions among Moroccan migrants in Europe », Journal of International Migration and Integration, vol. 16, n° 2, p.415-29.

Flahaux M.-L. (2017), « The role of migration policy changes in Europe for return migration to Senegal. » International Migration Review, vol. 51, n° 4, p. 868-92.

Levitt P. (1999), « Social remittances: a local-level, migration-driven form of cultural diffusion », International Migration Review, vol. 32, n° 124, p. 926-49.

Ley D., Kobayashi A. (2005), « Back to Hong Kong: return migration or transnational sojourn? », Global Networks, vol. 5, n° 2, p. 111-127.

Quiminal C. (2002), « Retours contraints, retours construits des émigrés maliens », Hommes et Migrations, vol. 1236, p. 35-43.

Triandafyllidou A. (2013), « Circular Migration: Introductory Remarks », in A. Triandafyllidou (dir.), Circular migration between Europe and its neighbourhood: choice or necessity?, Oxford, Oxford University Press. p. 1-21.