PUB : Karen Akoka, « La fabrique des réfugiés dans la Guerre froide : une ethnographie historique des ‘vingt glorieuses’ de l’attribution de l’asile en France (1952-1972) », Politique et Sociétés, 2019/1 (Vol. 38)

  • Karen Akoka
  • « La fabrique des réfugiés dans la Guerre froide : une ethnographie historique des ‘vingt glorieuses’ de l’attribution de l’asile en France (1952-1972) »
  • Politique et Sociétés
  • 2019
  • volume 38, numéro 1, 2019
  • p. 19–48.
  • DOI : https://doi.org/10.7202/1058289ar

Résumé

Cet article s’inscrit dans la lignée de travaux de recherche s’intéressant à « l’observation historique du travail administratif ». L’un de leurs postulats est que la méthode ethnographique mérite d’être articulée à la recherche historique puisqu’elle permet de reconstituer des pratiques qui échappent parfois à l’observateur des processus actuels faute d’accès au(x) terrain(s). L’article se propose donc d’étudier l’application du droit d’asile en France entre la création de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) en 1952 et le début des années 1970 en se centrant sur les propriétés sociales, les trajectoires et les pratiques des agents qui ont eu à le mettre en oeuvre, à partir d’une démarche combinant histoire et ethnographie et s’appuyant sur des sources archivistiques et des témoignages. L’article montre que l’application du droit d’asile dépend largement des logiques de recrutement et des considérations diplomatiques et idéologiques du gouvernement français et des agents de l’OFPRA qui tendent à converger. Les propriétés sociales des agents, mais aussi leurs pratiques marquées par une conception du réfugié comme « orphelin du national » et par le poids des nationalités des demandeurs dans l’instruction s’inscrivent dans la continuité des pratiques et des conventions internationales de l’entre-deux-guerres. L’éclairage proposé vient ainsi remettre en cause l’idée communément admise de la création de l’OFPRA et plus encore de la signature de la Convention de Genève comme marquant des tournants majeurs dans le régime international des réfugiés.

Mots-clés :

  • ethnographie historique,
  • droit d’asile en pratique,
  • OFPRA,
  • Guerre froide,
  • « âge d’or »,
  • réfugiés,
  • propriétés sociales des agents,
  • intérêts diplomatiques,
  • Convention de Genève

Abstract

This article is inspired by a series of research studies promoting an “historical ethnography of administrative work.” One of their assumptions is that the ethnographic method should be reported to historical research as it allows to shed light on practices that are sometimes difficult to grasp in the present because of the lack of access to the research field(s). This article examines the daily work of the asylum screening process, in France, since the creation of the administrative body in charge (OFPRA) in 1952 until the early 1970s. It focuses on the social properties, trajectories, and practices of the agents of this administration, by combining ethnographic and historical approaches, and as grasped through archival sources and testimonies. The article shows that the refugee screening work depends on OFPRA’s recruitment logic as well as on the ideological and diplomatic considerations of both the French government and OFPRA’s agents, that all tend to converge. It also shows that the social properties of these agents as well as their practices marked by a conception of the refugee as an “orphan of the national,” and by the weight of asylum seekers’ nationalities in the screening process, are in line with the practices and the international conventions of the 1920s and 1930s. The analysis therefore contributes to challenging the widespread idea of the creation of OFPRA, and more so of the Geneva Convention, as major turns in the international refugee regime.

Keywords:

  • historical ethnography,
  • asylum in practice,
  • OFPRA,
  • Cold War,
  • “golden age”,
  • refugees, agent’s profiles,
  • diplomatic interests,
  • Geneva Convention