Frontex : une agence humanitaire?

Frontex, qui se définit comme « l’agence pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures des États membres de l’Union européenne », a été créée en 2004. S’inscrivant dans un ensemble de mesures à visée sécuritaire d’après les attaques du 11 septembre, l’agence européenne des garde-côtes et garde-frontières a progressivement pris une place importante dans la formulation et la mise en œuvre de politiques de contrôle migratoire aux frontières de l’Union Européenne. Depuis sa création, Frontex a vu son mandat révisé à de nombreuses reprises ; ce dans le sens d’un accroissement de ses prérogatives. Selon les dernières mesures proposées sous la forme d’un nouveau règlement en septembre 2018, l’agence devrait également avoir une capacité accrue d’agir dans les pays tiers. S’il existe bien une « rhétorique humanitaire dans la communication institutionnelle de Frontex » (Dubernet, 2018), la « vulnérabilité » dont parle l’agence reste celle des États européens, non des migrants.

L’agence est de fait impliquée dans plusieurs graves violations des droits fondamentaux. Depuis 2006, dans la région de la mer Égée, à la frontière entre la Grèce et la Turquie, une pratique récurrente d’agents de Frontex consiste à refouler les migrants vers la Turquie, sans que ces derniers puissent faire valoir leurs droits (Ottavy et Clochard, 2014).  Plus récemment, dans un rapport publié en 2017, le Forum consultatif sur les droits fondamentaux a soulevé plusieurs questions concernant l’activité de l’agence en Hongrie, où la détention de migrants est courante. En outre, il est intéressant de rappeler qu’en 2017, Frontex a coordonné et cofinancé 341 opérations de retour forcé au niveau de l’UE des 28, ce qui représente une augmentation de 47 % par rapport à 2016. Le Conseil européen pour les réfugiés et les exilés (ECRE) a également formulé certaines préoccupations au sujet des activités de l’agence et de la conformité de ses activités avec le droit international humanitaire. Si Frontex joue bien un rôle, il n’est donc certainement pas d’accueillir les migrants.

Sources :

Dubernet Cécile, « Qui est vulnérable ? Une analyse critique du discours public de l’agence européenne Frontex », Revue européenne des migrations internationales, 2018/2 (Vol. 34), p. 205-227. URL :

Migreurop, « JAI-UE : course effrénée au renforcement de Frontex au détriment des droits fondamentaux », Migreurop, 2018, disponible

Statewatch, « Fifth Annual Report Frontex Consultative Forum on Fundamental Rights », Statewatch, disponible sur Politis, «Frontex : un océan d’impunité »

France Terre d’asile, «Extension du mandat et des moyens de frontex pour des contrôles aux frontières renforcés », FRA, 2019

Ottavy Eva et Clochard Olivier (2014) « Franchir les dispositifs établis par Frontex. Coopérations policières transfrontalières et refoulements en mer Égée », Revue Européenne des Migrations Internationales, 30 (2), pp. 137-156.