Tribune de François Héran : “Il est temps que nos dirigeants tiennent sur l’immigration une parole de raison plutôt qu’un discours de peur”, Le Monde, 24 sept. 2019

La France est en passe de devenir « le premier pays d’Europe pour la demande d’asile »… Il est urgent de « réduire son attractivité »… Il faut mettre fin à « l’appel d’air »… Il faut « revoir » l’aide médicale d’Etat et le regroupement familial… Il est temps de « balayer les bons sentiments » pour « sortir du déni », etc. Autant de commentaires qui ont fleuri, au sein de la majorité et à droite, à la suite du discours du président de la République devant les députés et sénateurs de son parti, le 16 septembre, appelant à « regarder le sujet de l’immigration en face ».

« La France est loin, très loin, d’être le premier pays d’Europe pour la demande d’asile »

Le problème est que le diagnostic initial est faux. La France est loin, très loin, d’être le premier pays d’Europe pour la demande d’asile. Je me contenterai ici de synthétiser les données que j’ai présentées le 17 septembre à la commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale devant une quarantaine de députés. Raisonner en chiffres absolus n’a aucun sens quand il s’agit de comparer des pays de taille inégale et de richesse variable. C’est aussi absurde que de comparer le prix des appartements sans tenir compte de leur surface. Que dirait-on d’un dirigeant politique qui brandirait les chiffres bruts du PIB pour affirmer que les Français sont plus riches que les Suisses, alors qu’il suffit d’utiliser le PIB par habitant pour découvrir qu’il n’en est rien ? Telle est la grossière erreur que l’on commet quand on mesure le poids de la demande d’asile sur les pays d’Europe en maniant uniquement le nombre absolu de demandeurs.

Certes, dans la période récente, de juillet 2018 à juin 2019, la France a enregistré 115 400 demandes d’asile nouvelles, un chiffre qui se rapproche des 152 500 dénombrées en Allemagne. Elle occupe ainsi le deuxième rang du tableau européen, devant l’Espagne (83 000) et la Grèce (66 000). Il est non moins vrai que, de janvier 2017 à juin 2019, la demande d’asile a baissé de 50 % en Allemagne et progressé de 25 % en France. Cette évolution préoccupe à juste titre les organismes français chargés d’accueillir les nouveaux venus ou d’instruire les demandes d’asile. Mais cela ne justifie en rien les arguments brandis ces derniers jours. Il faut replacer cette tendance récente dans l’ensemble de la « crise de l’asile » et, pour cela, passer des chiffres bruts aux chiffres relatifs.

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Cette tribune est accompagnée du diaporama commenté, intitulé “Où en sont les migrations en France et en Europe ?”, que François Héran a présenté le 17 septembre 2019 à la Commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale. A lire sur notre site en suivant ce lien.