INTEGER/Intégration-discrimination

Séminaire INTEGER

Axe « Race, racialisation »

Lieu : INED, 133, bvd Davout, 75020 Paris, salle Sauvy

  • Dorothée Prud’homme, Responsable des études, Association française des managers de la diversité, chercheure associée au Centre Émile Durkheim, Université de Bordeaux

« Le racisme et la discrimination raciale au travail : un impensé des politiques diversité en entreprise »

La lutte contre le racisme et la discrimination raciale a impulsé, au début des années 2000, les premières politiques diversité dans les entreprises françaises. Pourtant, les actions mises en œuvre sur cette thématique dans le monde du travail demeurent extrêmement rares. Les responsables diversité justifient cet état de fait en s’appuyant sur le faible nombre de plaintes pour racisme ou discrimination raciale qui « remontent » via les canaux officiels de l’entreprise. L’étude conduite par l’AFMD, fondée sur 43 entretiens semi-directifs, donne à voir quelles sont les perceptions que les salariés de cinq entreprises publiques et privées (adhérentes de l’association) ont au sujet du racisme et de la discrimination raciale au travail, quelles en sont les manifestations et quels sont les recours possibles pour les victimes présumés sur leur lieu de travail.

  • Vincent Bollenot, Doctorant, CHAC, ParisI, ICM

Une racialisation en métropole ? Les déterminants raciaux de la surveillance politique métropolitaine

En 1923, est institué au ministère des Colonies un "Service de contrôle et d'assistance en France des indigènes des Colonies" (CAI) visant à récolter des informations sur "l'agitation anti-française" redoutée dans le contexte révolutionnaire post-1917. Les populations ciblées par cette institution sont, dans les textes normatifs construisant le service, qualifiés politiquement ("agitateurs", "antifrançais", "révolutionnaires", etc.) et juridiquement, statutairement ("sujets et protégés"). Pourtant, les milliers de dossiers individuels produits pendant vingt ans par le CAI sont tous constitués sur la même base, dans laquelle le statut juridique ou les engagements politiques ne doivent pas être mentionnés tandis que la "race" du suspect doit être indiquée. Mais l'usage par les surveillants de ces catégories, dans la pratique, n'a rien de systématique.

L’objet de la présentation sera de souligner l’importance de l’espace métropolitain et d’une administration politique dans le processus de production des catégories raciales alors même que le contexte colonial (impérial) inciterait à considérer l’espace colonisé comme surdéterminant. Il s'agira également de détailler un processus de production et d’usage des catégories raciales par l’action publique, depuis les textes normatifs élaborés dans des cabinets ministériels jusqu’au travail au contact des colonisés, et d'interroger les écarts entre les catégories théoriques et les catégories pratiques.

Axe « Engagements »

Lieu : Collège de France, 11 Place Marcelin Berthelot, 75005 Paris, salle 2

(Le programme de cette séance a été modifié)

 

  • Ya-Han Chuang, Postdoctorante, LISST – Université Toulouse Jean Jaurès, ICM

Lutte anti-raciste, lutte urbaine : la dimension spatiale des mobilisations de la population chinoise en région parisienne

La question de la sécurité des personnes d’origine chinoise ou « asiatique » en région parisienne est devenue ces dernières années un problème public, suscitant des mobilisations collectives des habitants chinois réclamant « la sécurité pour tous » et dénonçant un racisme « anti-chinois » ou « anti-asiatique ». Cette présentation analyse la dialectique entre la dimension spatiale et la dimension ethno-raciale de ces mouvements. Je commence par présenter les ségrégations observées dans divers territoires qui connaissent des mobilisations des habitants chinois et asiatique au sujet de la délinquance (Belleville, Aubervilliers, La Courneuve, et plus récemment à Vitry-Sur-Seine et à Créteil). Malgré la variété des configurations urbaines, la frontière sociale tend à reposer sur la frontière ethno-raciale entre des minorités. J’aborderai ensuite les échelles et les moyens variés de ces mobilisations. Tandis qu’une série d’actions collectives à visibilité nationale a permis de légitimer « la sécurité des personnes chinoises/asiatiques » comme une catégorie de l’action publique, un éventail de répertoires d’actions développé par les habitants émerge également à l’échelle locale pour faire pression auprès des pouvoirs publics. Or, derrière le slogan fédérateur d’une lutte contre le racisme, ces groupes adhèrent aux courants politiques différents, ce qui explique pourquoi ils agissent de manière autonome vis-à-vis les mouvements anti-racistes traditionnels. Toutefois, si beaucoup ont rejoint la mobilisation dans une démarche ethnocentrée, les pratiques de contestations amènent également certains habitants à s’engager dans des luttes urbaines et à établir des liens avec d’autres minorités racisées. Bien que le slogan de « sécurité pour tous » soit loin d’être unanime, les luttes anti-racistes des habitants chinois contribuent à atténuer les conflits de voisinage à l’échelle du quartier.

  • Liora Israël (Maîtresse de Conférences, EHESS - Centre Maurice Halbwachs, ICM)

S'engager en pratiques. Ethnographies d'avocat-e-s engagé-e-s dans la lutte contre les discriminations

 

Axe « Mobilités »

Lieu : INED, 133 blv Davout, 75020 Paris, salle Sauvy

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  • Jennifer Bidet, Maîtresse de Conférences, Cerlis, Université Paris Descartes, ICM

Saisir les positions sociales des descendant.e.s d'immigrés dans un espace social transnational : "immigrés" et "blédards" sur une plage payante algérienne

Dans quelle mesure la mobilité spatiale, le déplacement dans l’espace géographique, peut-elle être lue comme une matérialisation d’une mobilité sociale, d’un déplacement dans l’espace social ? Et dans quelle mesure ce déplacement géographique peut-il même être un facteur de mobilité sociale ? C’est en partant de ces questions classiques que je propose de réfléchir à l’appréhension de dynamiques sociales à une échelle dépassant les frontières de l’État-nation. À rebours d’analyses des parcours migratoires trop centrées sur l’adaptation culturelle, il s’agit de réfléchir aux outils permettant d’appréhender les trajectoires migratoires comme des trajectoires sociales se déployant sur plusieurs espaces sociaux définis par défaut comme nationaux. Pour ce faire, s’il convient de reconstituer des trajectoires complètes de migration, il apparaît nécessaire aussi de dépasser l’échelle des trajectoires individuelles ou collectives pour penser les relations et intersections entre les espaces sociaux dans lesquels se déploient ces trajectoires. Ces questions seront abordées à partir d’un terrain mené sur les vacances passées en Algérie par des descendant.e.s d’immigrés algériens en France. Ces vacances sont l’occasion, pour ces descendant.e.s d’immigrés, d’éprouver la trajectoire de mobilité sociale associée à la migration de leurs parents vers la France. Les séjours dans des complexes balnéaires de standing les mettent en coprésence d’une fraction favorisée de la société locale qu’ils ont peu l’occasion de côtoyer dans leur famille algérienne de milieu plus modeste. Cette proximité spatiale entre jeunes « immigrés » de classes populaires et familles de « blédards » de classes supérieures se traduit par une distanciation sociale s’exprimant par le biais de catégorisations ethniques. Elle dessine un espace social transnational où la position relative de chaque groupe dans son espace social national est modifiée par les rapports de force entre nations et le passé colonial de la France en Algérie.

  • Madalina Olteanu, Maîtresse de Conférences, SAMM, Université Panthéon Sorbonne, ICM

Une analyse multi-échelle de la ségrégation des migrants intra et extra-communautaires dans les villes européennes

Avec l'arrivée de nouveaux flux migratoires, intra et extra-communautaires, les gouvernements européens essaient, depuis plusieurs années, de trouver des solutions pour l'intégration des migrants et la diminution de leur ségregation. Cependant, analyser la ségregation et ses différentes facettes de manière fine n'est pas chose aisée, d'une part en raison de l'insuffisance actuelle des méthodes statistiques – la plupart des indices de ségregation dans la littérature étant résumés par une quantité scalaire, souvent à échelle unique et prédéfinie, et n'arrivant pas à capturer la complexité du phénomène –, et d'autre part en raison du manque de données fiables, nombreuses et à jour.

Dans cet exposé, nous présentons une méthode très récente qui permet de quantifier la ségrégation et l'intégration résidentielles, via une approche multi-échelle et individuelle. Le principe est de calculer des trajectoires d'intégration individuelles, qui représentent l'image que chaque individu peut avoir de son isolement ou, a contrario, de son intégration, en partant de son lieu de résidence et en parcourant la ville entière. A partir de ces trajectoires, nous calculons des coefficients de distorsion, qui résument la perception locale, celle de l'individu, de son niveau de ségrégation dans la ville. Ainsi, nous pouvons produire des cartographies qui soulignent l'existence d'éventuels hotspots avec peu de mixité, ainsi que l'intensité de ces hotspots.

Pour illustrer cette nouvelle technique, nous utilisons un jeu de données mis à disposition par la Commission Européenne dans le cadre d'un récent data-challenge (https://bluehub.jrc.ec.europa.eu/datachallenge/). Il s'agit de données de comptage sur l'origine des migrants dans huit pays européens, à une échelle spatiale très fine (100m x 100m). Nous avons étudié l'intégration spatiale des migrants intra et extra-communautaires dans quatre capitales, Berlin, Madrid, Paris et Rome. Nous proposons donc une comparaison de ces quatre villes en termes de motifs spatiaux et de ségrégation résidentielle, qui permettra, nous espérons, d'ouvrir une discussion plus large sur les biais présents dans les données de recensement mises à disposition par les Instituts Nationaux de Statistique, sur les comparaisons possibles inter-pays européens, et sur les leviers institutionnels et pratiques permettant d'avoir des données plus fiables sur le phénomène migratoire, et donc une analyse plus proche de la réalité.

Journée INTEGER

Informations pratiques

  • 9h-17h
  • Collège de France, site Berthelot (11 Place Marcelin Berthelot, 75005 Paris), salle 4.
  • Inscription (avant le 27 mai 2019)

Programme de la journée du département

Matinée (10h-12h30)

9h : Accueil  

10h-11h : Présentations scientifiques

  • Angéline Escafré-Dublet (fellow ICM) : La comparaison franco-britannique à l'épreuve du musée: enjeux de représentation et catégorisation
  • Matthieu Solignac (fellow ICM) : Homeownership of immigrants in France: selection effects related to international migration flows

11h-12h30 : Discussion collective

  • Fonctionnement du département et des axes
  • Programme du séminaire INTEGER pour l’année 2019-2020

Buffet sur place (12h30-13h30)

Après-midi (13h30-17h)

13h30-14h30 : Présentations scientifiques

  • Christine Moliner (fellow ICM) : Visibilité minoritaire et gestion locale de la pluralité religieuse: le cas du gurdwara (lieu de culte sikh) de Bobigny
  • Claire Schiff (fellow ICM) : Hétérogénéité intra-ethnique et tensions entre descendants de migrants et nouveaux arrivants en contexte de migration continue : quelques enseignements du cas français dans une perspective comparative

14h30-17h : Discussion collective

  • Présentation des projets par les lauréat.e.s du 1er appel
  • Discussion autour des projets pressentis pour le 2ème appel à projet
  • Echanges sur la thématique "Enquêtes qualitatives et quantitatives: enjeux éthiques et méthodologiques, retours d'expériences"

Acualité scientifique spécialisée