INTEGER/Intégration-discrimination

Séminaire INTEGER

Lundi 17 décembre 2018, 14h-17h

Axe « Race, racialisation »

Lieu : INED, 133, bvd Davout, 75020 Paris, salle Sauvy

  • Dorothée Prud’homme, Responsable des études, Association française des managers de la diversité, chercheure associée au Centre Émile Durkheim, Université de Bordeaux

« Le racisme et la discrimination raciale au travail : un impensé des politiques diversité en entreprise »

La lutte contre le racisme et la discrimination raciale a impulsé, au début des années 2000, les premières politiques diversité dans les entreprises françaises. Pourtant, les actions mises en œuvre sur cette thématique dans le monde du travail demeurent extrêmement rares. Les responsables diversité justifient cet état de fait en s’appuyant sur le faible nombre de plaintes pour racisme ou discrimination raciale qui « remontent » via les canaux officiels de l’entreprise. L’étude conduite par l’AFMD, fondée sur 43 entretiens semi-directifs, donne à voir quelles sont les perceptions que les salariés de cinq entreprises publiques et privées (adhérentes de l’association) ont au sujet du racisme et de la discrimination raciale au travail, quelles en sont les manifestations et quels sont les recours possibles pour les victimes présumés sur leur lieu de travail.

  • Vincent Bollenot, Doctorant, CHAC, ParisI, ICM

Une racialisation en métropole ? Les déterminants raciaux de la surveillance politique métropolitaine

En 1923, est institué au ministère des Colonies un "Service de contrôle et d'assistance en France des indigènes des Colonies" (CAI) visant à récolter des informations sur "l'agitation anti-française" redoutée dans le contexte révolutionnaire post-1917. Les populations ciblées par cette institution sont, dans les textes normatifs construisant le service, qualifiés politiquement ("agitateurs", "antifrançais", "révolutionnaires", etc.) et juridiquement, statutairement ("sujets et protégés"). Pourtant, les milliers de dossiers individuels produits pendant vingt ans par le CAI sont tous constitués sur la même base, dans laquelle le statut juridique ou les engagements politiques ne doivent pas être mentionnés tandis que la "race" du suspect doit être indiquée. Mais l'usage par les surveillants de ces catégories, dans la pratique, n'a rien de systématique.

L’objet de la présentation sera de souligner l’importance de l’espace métropolitain et d’une administration politique dans le processus de production des catégories raciales alors même que le contexte colonial (impérial) inciterait à considérer l’espace colonisé comme surdéterminant. Il s'agira également de détailler un processus de production et d’usage des catégories raciales par l’action publique, depuis les textes normatifs élaborés dans des cabinets ministériels jusqu’au travail au contact des colonisés, et d'interroger les écarts entre les catégories théoriques et les catégories pratiques.

Vendredi 18 janvier 2019, 10h-13h

Axe « Engagements »

Lieu : Collège de France, 11 Place Marcelin Berthelot, 75005 Paris, salle 2

(Le programme de cette séance a été modifié)

 

  • Ya-Han Chuang, Postdoctorante, LISST – Université Toulouse Jean Jaurès, ICM

Lutte anti-raciste, lutte urbaine : la dimension spatiale des mobilisations de la population chinoise en région parisienne

La question de la sécurité des personnes d’origine chinoise ou « asiatique » en région parisienne est devenue ces dernières années un problème public, suscitant des mobilisations collectives des habitants chinois réclamant « la sécurité pour tous » et dénonçant un racisme « anti-chinois » ou « anti-asiatique ». Cette présentation analyse la dialectique entre la dimension spatiale et la dimension ethno-raciale de ces mouvements. Je commence par présenter les ségrégations observées dans divers territoires qui connaissent des mobilisations des habitants chinois et asiatique au sujet de la délinquance (Belleville, Aubervilliers, La Courneuve, et plus récemment à Vitry-Sur-Seine et à Créteil). Malgré la variété des configurations urbaines, la frontière sociale tend à reposer sur la frontière ethno-raciale entre des minorités. J’aborderai ensuite les échelles et les moyens variés de ces mobilisations. Tandis qu’une série d’actions collectives à visibilité nationale a permis de légitimer « la sécurité des personnes chinoises/asiatiques » comme une catégorie de l’action publique, un éventail de répertoires d’actions développé par les habitants émerge également à l’échelle locale pour faire pression auprès des pouvoirs publics. Or, derrière le slogan fédérateur d’une lutte contre le racisme, ces groupes adhèrent aux courants politiques différents, ce qui explique pourquoi ils agissent de manière autonome vis-à-vis les mouvements anti-racistes traditionnels. Toutefois, si beaucoup ont rejoint la mobilisation dans une démarche ethnocentrée, les pratiques de contestations amènent également certains habitants à s’engager dans des luttes urbaines et à établir des liens avec d’autres minorités racisées. Bien que le slogan de « sécurité pour tous » soit loin d’être unanime, les luttes anti-racistes des habitants chinois contribuent à atténuer les conflits de voisinage à l’échelle du quartier.

  • Liora Israël (Maîtresse de Conférences, EHESS - Centre Maurice Halbwachs, ICM)

S'engager en pratiques. Ethnographies d'avocat-e-s engagé-e-s dans la lutte contre les discriminations

 

Mercredi 20 février 2019, 14h-16h

Axe « Mobilités »

Lieu : INED, 133 blv Davout, 75020 Paris, salle Sauvy

  • Jennifer Bidet, Maîtresse de Conférences, Cerlis, Université Paris Descartes
  • Madalina Olteanu, Maîtresse de Conférences, SAMM, Université Panthéon Sorbonne