Giema/​Giem : communiqué à l’issue de la première rencontre

Au moment où l’ONU invite les États à Marra­kech pour signer un Pacte mondial sur les migra­tions, un collectif de 723 cher­cheurs inter­na­tio­naux dans 17 pays propose la créa­tion d’un Groupe Inter­na­tional d’Experts sur les Migra­tions (GIEM). À l’instar des scien­ti­fiques qui ont constitué le groupe inter­gou­ver­ne­mental d’experts pour le climat (GIEC) en 1988, les spécia­listes rassem­blés réunis à Paris veulent contri­buer à un débat public apaisé et à des poli­tiques publiques ration­nelles et infor­mées en matière de migra­tions et d’asile.

Ce groupe fait écho aux appels de l’ONU et de l’Union euro­péenne en faveur de poli­tiques fondées sur des preuves scien­ti­fiques et de lutte contre les fausses percep­tions. Il répond aussi à l’inquiétude des chercheur.e.s face aux entre­prises de désin­for­ma­tion ou de cari­ca­ture, de la mani­pu­la­tion des données et des idées reçues qui polluent le débat public : l’illusion d’une inva­sion de l’Europe par l’Asie ou l’Afrique, la mécon­nais­sance des coûts et gains de l’immigration pour l’emploi, la santé, la crois­sance. Au-delà des faits, nous dénon­çons les sophismes et les cadres idéo­lo­giques qui dominent les discours sur les causes et les effets de la migra­tion comme l’idée que l’aide au déve­lop­pe­ment empê­che­rait l’émigration, que les poli­tiques d’asile ou de régu­la­ri­sa­tion crée­raient un « appel d’air », ou que l’arrivée d’immigrants prive­raient les popu­la­tions locales d’une « part de gâteau » en matière de santé, d’emploi, etc. Nous ne nions pas la diver­sité des opinions et des idéo­lo­gies qui peuvent exister sur les migra­tions et l’asile mais nous affir­mons la néces­sité de ratio­na­liser le débat.

Loin d’être de simple « fact checkers », nous dispo­sons d’outils et de méthodes précieux pour penser les migra­tions et l’asile avec une approche rigou­reuse, indé­pen­dante et dépas­sionnée. Ils doivent se fédérer pour commu­ni­quer plus effi­ca­ce­ment ces résul­tats au grand public et aux acteurs poli­tiques. Sans renoncer à la complexité ou aux contro­verses qui carac­té­rise la recherche, nous voulons contri­buer à (r)établir les condi­tions de possi­bi­lité d’un vrai débat démocratique.

Le groupe inter­na­tional d’experts sur les migra­tions rassemble des scien­ti­fiques inter­na­tio­naux à partir de la mise en réseau d’institutions de recherche exis­tantes dans diffé­rents pays.

Il a pour voca­tion de s’institutionnaliser comme groupe perma­nent, inter­na­tional et indé­pen­dant complé­men­taire des insti­tu­tions inter­na­tio­nales exis­tantes. Il s’adresse aux déci­deurs poli­tiques des pays membres qui seront asso­ciés au processus d’élaboration des rapports et en adop­te­ront leurs résultats.

Le Groupe se donne pour mission de publier un état des lieux régu­lier des connais­sances scien­ti­fiques sur les migra­tions. Son objectif immé­diat est de publier une série de courts rapports théma­tiques sur des ques­tions d’actualité ou des enjeux émer­gents pour nourrir les déci­deurs poli­tiques et l’opinion publique.