Capitales européennes et diversité culturelle depuis 1945 (2018−2019) — Annuel, Musée de l’immigration

Sémi­naire sous la direc­tion de Françoise Taliano-des Garets, professeure d’Histoire contem­po­raine à Sciences Po Bordeaux, CHS du XXe siècle Paris 1, en collab­o­ra­tion avec Laurent Martin, professeur d’Histoire contem­po­raine à l’université Paris 3, ICEE.

Présentation

Ce sémi­naire qui explore la vie culturelle et les poli­tiques culturelles de quatre capi­tales européennes, Berlin, Londres, Madrid, Paris depuis 1945 consacre sa quatrième édition à l’étude de la diver­sité culturelle, en parte­nariat avec le Musée national de l’histoire de l’immigration et le Comité d’histoire du ministère de la Culture, le CHS du XXe siècle Paris 1, l’ICEE Paris 3 et Sciences Po Bordeaux.

Métropoles européennes, pôles d’attractivité majeurs des migrations

Les capi­tales européennes sont des terri­toires qui ont toujours attiré les popu­la­tions. Foyers économiques, politico-admin­is­tratifs majeurs, au rayon­nement inter­na­tional ancien, nœuds de commu­ni­ca­tion, leur ouver­ture inter­na­tionale depuis 1945 n’a cessé de se renforcer. Des facteurs poli­tiques tels que la décoloni­sa­tion des empires européens, les guerres inces­santes sur l’ensemble de la planète, les persé­cu­tions liées aux régimes dicta­to­riaux, les inégal­ités de développe­ment ont poussé de nombreuses popu­la­tions vers les capi­tales européennes. Celles venues des pays du Sud, mais aussi de l’Est de l’Europe ont été attirées par des terri­toires suscep­ti­bles d’offrir des oppor­tu­nités de forma­tion, d’emploi et de liberté. Les quatre capi­tales consid­érées sont ainsi marquées au sceau de la diver­sité culturelle. La notion de diver­sité est ici prise dans son sens premier de pluralité des cultures afin d’examiner le contact entre les différentes cultures sur des terri­toires où les apports migra­toires ont été continus. La diver­sité culturelle présente des tonal­ités différentes suivant les capi­tales. Certaines, comme Londres et Paris, ont connu depuis la Seconde Guerre mondiale des migra­tions venues de leurs empires colo­niaux respec­tifs. Leur chronologie est déter­minée par la décoloni­sa­tion, les poli­tiques migra­toires, flex­i­bles ou volon­taristes pendant les Trente Glorieuses, plus restric­tives ensuite. Ces capi­tales sont égale­ment trib­u­taires de l’histoire et de la prox­imité pour d’autres raisons ; on pense à l’immigration turque à Berlin, ou à celle issue du conti­nent africain à Madrid. On songe à la posi­tion de Berlin au cœur de la Guerre froide, à l’attractivité de Berlin Ouest pour tous ceux qui ont voulu fuir le commu­nisme, au Madrid de l’après-franquisme et aux exilés d’Amérique du Sud. La crise migra­toire depuis les années 2010 a encore complex­ifié la donne.

Réception dans les sociétés d’accueil

A travers cinq théma­tiques artis­tiques et littéraires ce sémi­naire se fixe pour objectif d’examiner les trans­ferts culturels qui se sont opérés dans ces villes-capi­tales, les lieux, les hommes, les vecteurs de commu­ni­ca­tion (les flux migra­toires ne sont pas les seuls moteurs à prendre en compte), les prin­ci­pales insti­tu­tions qui les ont portés. Il est prob­able que des phénomènes d’institutionnalisation soient mis en exergue. Les enjeux de ces pratiques culturelles et artis­tiques (ap)portées par les migrants et leurs descen­dants sont de l’ordre de la visi­bilité, de la recon­nais­sance, de la légitimité et de la valori­sa­tion en tant que ressources ou patri­moines partic­i­pant à la fabrique culturelle des métrop­oles. Le poli­tique a bien entendu sa part dans l’évolution. Il est vraisem­blable que ces contacts culturels ont pu susciter des résis­tances ou au contraire une adhé­sion plus ou moins rapide de la part des sociétés d’accueil. Des spéci­ficités sont sans aucun doute iden­ti­fi­ables selon les terri­toires et les moments, témoignant d’une récep­tivité différen­tielle. La recon­nais­sance progres­sive de la diver­sité culturelle par les instances poli­tiques des divers terri­toires, par l’union européenne et l’UNESCO offrira quelques repères chronologiques intéres­sants et devrait enrichir l’approche comparative.

Les migrants, acteurs culturels

Au-delà des formes de récep­tion de ces trans­ferts dans les métrop­oles, le sémi­naire analy­sera les contri­bu­tions, les apports et les redéf­i­ni­tions des dynamiques culturelles et artis­tiques liées à la présence de ces migra­tions. Il s’agit d’observer les modal­ités d’hybridation, mais aussi les créa­tiv­ités et les inno­va­tions qui émer­gent à l’initiative des migrants. Leur activisme culturel pouvant mener à un véri­table engage­ment. Les co-produc­tions collec­tives de nouvelles pratiques issues des trans­ferts culturels, les trajec­toires d’artistes, les engage­ments de leaders ayant donné un sens poli­tique – visi­bilité, reven­di­ca­tion de droits, résis­tance contre le racisme etc., seront mis en regard des condi­tions ou des freins qui se déploient dans ces métrop­oles autour de leur présence pour péren­niser, accom­pa­gner ou non ces émergences.

Tous les secteurs culturels ne pour­ront ici être traités, des choix ont été faits, suff­isam­ment larges pour tenter de mesurer les rythmes et les facteurs déter­mi­nants des trans­ferts culturels. Au final, sans doute verra-t-on appa­raître des phénomènes de métis­sages culturels, d’hybridation sur des terri­toires pris depuis la fin du XXe siècle dans la globalisation.

PROGRAMME

Séance n°1 – Arts plas­tiques et diver­sité dans les capi­tales européennes depuis 1945 
jeudi 6 décembre 2018 – 14h-16h
Cette séance s’inscrit dans le cadre de l’exposition « Persona Grata »organ­isée par le MNHI et MacVal d’octobre 2018 à janvier 2019.

Inter­venants :

  • Maureen Murphy, maîtresse de conférences en Histoire de l’art, Univer­sité Paris 1

La présence d’Iba N’Diaye, Ernest Mancoba et Mohammed Khadda à Paris dans les années 1950 – 1960.

  • Thibaut de Ruyter, archi­tecte, critique et commis­saire d’expositions. Corre­spon­dant à Berlin d’ArtPress, Il Gior­nale dell’Architettura, Partic­ules, Fucking Good ArtFrieze d/​e

Berlin-Bohème et après (1989−2018) ?

Séance n°2 – Patri­moine et mémoire de l’immigration dans les capi­tales européennes depuis 1945
Jeudi 7 février 2019 – 14h-16h
Inter­venants :

  • Évelyne Ribert, soci­o­logue, chargée de recherche au CNRS, membre de l’Institut inter­dis­ci­plinaire d’anthropologie du contemporain 

Les mémoires des migra­tions espag­noles en région parisi­enne, l’exemple de la Plaine Saint-Denis.

  • Émilie Goudal, histo­ri­enne de l’art, chercheure asso­ciée au Centre Norbert Elias (CNRS/​EHESS)

Frag­ments artis­tiques de mémoires exilées. De l’(in)visibilité des mémoires de l’immigration algéri­enne dans les musées parisiens.

Séance n°3 – Arts du spec­tacle et diver­sité culturelle dans les capi­tales européennes depuis 1945
Jeudi 14 mars 2019 – 14h-16h
Inter­venants :

  • Magali Dumousseau-Lesquer, maître de conférences à l’université d’Avignon (EA 4277 ICTT – Labo­ra­toire Iden­tité Culturelle, Textes et Théâtralité) 

« Madrid est un creuset de cultures », Pablo Pérez Mínguez. Les processus d’amnésie, d’assimilation et de réap­pro­pri­a­tion dans les produc­tions artis­tiques du Madrid de l’après-franquisme, du Rrollo under­ground à la Movida.

  • Lionel Arnaud, professeur en soci­ologie – Sciences Po Toulouse, membre du Labo­ra­toire des sciences sociales du politique

Une compara­ison franco-britan­nique : « Le carnaval de Notting Hill, 1958 – 2008 ».

Séance n°4 – Langue (s) et littéra­ture (s) de l’exil dans les capi­tales européennes depuis 1945
Jeudi 18 avril 2019 – 14h-16h
Cette séance s’inscrit dans le cadre du Prix littéraire de l’exil du MNHI

Inter­venants :

  • Kaoutar Harchi, écrivaine, chercheure post-doctor­ante en soci­ologie au Labex CAP, visiting professor à NYU

Écrivains maghrébins et littéra­ture fran­cophone à Paris.

  • Isabelle Le Pape, chargée de collec­tion en littéra­ture anglo­phone – Biblio­thèque nationale de France

Hybri­da­tion culturelle et migra­tions littéraires autour de Londres.

  • Myriam Geiser, maîtresse de conférences à l’université de Grenoble – Institut des langues et cultures d’Europe, Amérique, Afrique, Asie et Australie

Parcours d’écrivains germano-turcs à Berlin.

Séance n°5 – Musique et diversité culturelle dans les capi­tales européennes depuis 1945
Jeudi 20 juin 2019 – 14h-16h
Inter­venants :

  • Malcolm James, senior lecturer in Media et Cultural studies, Asso­ciate Director au Sussex Centre for Cultural Studies

  • Myrtille Picaud, soci­o­logue, Sciences Po – École Urbaine /​Centre d’Études Européennes et de Poli­tique Comparée (CEE).

Devenir, rede­venir ou rester une capi­tale musi­cale ? Petite histoire des espaces musi­caux de Paris et Berlin aujourd’hui.

  • Angé­line Escafre-Dublet, maîtresse de conférences en Science poli­tique à l’Université Lyon 2

S’approprier la ville. Musique et migra­tions à Paris et à Londres, 1962 – 1989.

Les séances se tien­dront, en langues française et anglaise, au Musée national de l’Histoire et de l’Immigration, Atelier 4, 293 Avenue Daumesnil, 75012 Paris [plan]
Inscrip­tion oblig­a­toire (libre et gratuite dans la limite des places disponibles) en remplis­sant le formu­laire

Infor­ma­tions :
comitehistoire@culture.gouv.fr